Vous avez trois âges dans la vie : la jeunesse, l’âge mûr et celui où on vous dit que vous avez bonne mine.
Cardinal François Marty

Qu’on lui colle la tête !

Où l’on découvre que le roi de France a de belles jambes.

Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV, vers 1701, huile sur toile, 277 x 194 cm, Musée du Louvre, Paris. Photo : © 2009 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

1702, Versailles. C’est un grand jour : le peintre Hyacinthe Rigaud présente son portrait au roi Louis XIV. L’œuvre doit être expédiée au petit-fils du monarque. Pourtant, elle ne partira jamais… A-t-elle été jugée ratée ?

Bien au contraire ! Le roi est particulièrement majestueux dans son costume de sacre. Il exhibe des jambes musclées dans une posture gracieuse. Curieux, car à cette époque le roi n’est plus tout jeune, il a 63 ans. Son visage, en revanche, reflète son âge avec plus de vérité.

Mais c’est que Louis XIV, s’il doit rester reconnaissable, ne peut pas apparaître fatigué par la vieillesse ! D’où ce corps vigoureux, avec des jambes de sportif.

Cette différence de traitement s’explique aussi par le fait que Rigaud ne pouvait pas demander au roi de poser trop longtemps. Il s’est donc occupé de peindre le visage en présence du souverain. Puis, il a délégué le reste à ses assistants, comme cela se fait à l’époque. La tête du monarque a ensuite été marouflée, c’est-à-dire collée, sur le tableau.

Louis XIV est conquis par le résultat… au point qu’il décide de garder la toile pour lui. Tant pis pour son petit-fils !

Hyacinthe Rigaud, Autoportrait, 1692-1711, huile sur toile, 81 x 65 cm, Musée du Louvre, Paris. Photo : © 1997 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot