Pure comme un éclair et comme une harmonie, ô Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !
Charles-Marie Leconte de Lisle

Les bras m’en tombent

Où l’on découvre qu’il est inutile d’être parfaite pour être divine.

Vénus de Milo, vers 150-125 avant notre ère, ronde bosse, marbre, 204 cm, Musée du Louvre, Paris. Photo : © 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

1820, sur l’île de Milo (ou Melos), en mer Égée. En retournant sa terre, le paysan Yorgos découvre une superbe statue antique de femme en marbre blanc. Bien vite, la découverte intéresse les Français : le marquis de Rivière l’achète pour l’offrir au roi de France, qui décide de l’exposer au Louvre. Commence alors une véritable enquête…

Car la statue, si belle soit-elle, n’a plus ses bras. Or il est d’usage, depuis quelques siècles, de compléter les parties manquantes des sculptures avant de les exposer. Mais quels gestes donner à ces nouveaux bras ? Il faudrait deviner qui est cette femme. Est-ce une déesse ? Si oui, laquelle ?

Et c’est là le problème : la statue de Milo ne donne pas d’indice. Il n’y a aucun "attribut", un de ces objets qui permettrait de définir son identité. Elle les tenait sans doute dans ses mains disparues… Alors, finalement, on abandonne l’idée d’ajouter des bras. Trop peur de se tromper !

On se dit cependant qu’avec son buste nu et sa beauté idéale, la statue de Milo pourrait bien être une représentation d’Aphrodite (Vénus pour les Romains), déesse de la beauté et de l’amour.

Notre statue sera donc une Vénus ! Et même si l’on n’a toujours pas retrouvé ses bras, cela n’empêche pas les visiteurs d’admirer sa beauté.

Les différents essais de reconstitution, croquis extraits de Salomon Reinach, Mélanges d’Archéologie et d’Histoire, tome 1, 1930, photo : DR