J’ai également pris la décision, sans vouloir désobliger personne, de rendre le Louvre à sa destination.
François Mitterrand

Un siège acharné

Où l’on assiste à l’ultime bataille du Louvre.

Les voitures dans la Cour Napoléon, 1958. Photo : DR

Juillet 1981. En traversant le Louvre, Jack Lang est exaspéré. La cour Napoléon est un parking à ciel ouvert ! Il faut agir. Et s’il y a quelqu’un qui peut le faire, c’est lui, le ministre de la Culture depuis deux mois.

Il envoie une note légèrement exaltée au président Mitterrand : "En retrouvant son unité première, le Louvre deviendrait le plus grand musée du monde. [...] Seul un acte de souveraineté peut donner corps au dessein ambitieux du Grand Louvre."

Mitterrand, moins démonstratif, répond "bonne idée, mais difficile". Tous deux savent que le puissant ministère des Finances ne cédera pas l’aile Richelieu au musée sans grabuge. Deux mois plus tard, le Président lance doucement les hostilités en annonçant vouloir "rendre le Louvre à sa destination".

Mais pour la suite, il attend janvier 1984, date de la présentation du projet architectural. Est-ce une stratégie ? Peut-être, car en présentant la pyramide radicale imaginée par Pei, il crée un deuxième front de mécontents si remontés qu’en comparaison, le déménagement du ministère des Finances semble facile.

D’ailleurs, le 1er janvier 1986, Bérégovoy, ministre des Finances, quitte officiellement ses bureaux du Louvre. Une docilité peu étonnante puisqu’il tient son ministère de Mitterrand. Mais au printemps, l’opposition remporte les législatives… Et le 14 avril, Balladur, successeur de Bérégovoy, réinstalle son ministère au Louvre. Chaque soir, les ouvriers doivent désormais attendre le départ des fonctionnaires pour travailler, de nuit, au chantier du Grand Louvre. Et ce manège dure trois ans !

Fouilles sur le chantier de la Cour Carrée du Louvre. Photo : Musée du Louvre, Fonds EPGL