Il y a deux formes de destin : un destin vertical et un destin horizontal.
Amin Maalouf

Un Palais façon puzzle

Où l’on découvre que pour les monuments aussi, on fait deux poids deux mesures.

24 mai 1871. Les Tuileries brûlent depuis la veille, et le gigantesque brasier n’est toujours pas près de s’éteindre lorsqu’un nouvel édifice s’embrase. Cette fois, c’est au tour de l’Hôtel de Ville de se faire dévorer par les flammes !

Comme tous les bâtiments qu’ils incendient, les communards déversent des litres de pétrole. Ils ne lui laissent aucune chance. Et le succès est malheureusement total : l’Hôtel de Ville n’est bientôt plus qu’une carcasse fumante comparable à celle des Tuileries.

Dans les années qui suivent, Paris semble hantée par les silhouettes sombres de toutes ces ruines. Que faire ? Doit-on les raser, ou les reconstruire ? Pour l’Hôtel de Ville, la décision est prise en moins de deux ans : ce sera la reconstruction, à l’identique.

Pour les Tuileries, on tergiverse… C’est que le symbole n’est pas le même ! L’Hôtel de Ville incarne le pouvoir municipal, réputé plus proche du peuple, alors que le palais des Tuileries a servi de résidence royale et impériale. Finalement, en 1882, les députés votent pour la destruction.

Les ruines des Tuileries sont alors vendues à Achille Picard, un entrepreneur qui revend les pierres au détail. Les vestiges du palais de Catherine de Médicis sont envoyés aux quatre coins de l’Europe ! En Corse, le château de la Punta est même intégralement construit avec ses pierres.

Jean-Eugène Durand, Ruines du Palais des Tuileries, vers 1871. Photo : © Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, CC0