Mettez un cochon dans un palais, il en fera une étable.
Rémy de Gourmont

Le Grand squat

Où l’on découvre qu’il ne fait pas bon laisser une maison à l’abandon.

Pierre-Antoine Demachy, Les marchands d'estampes sous le guichet de la colonnade, 18e siècle, huile sur bois, 38,5 x 58,3 cm, Musée du Louvre, Paris. Photo : © 2010 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Fin du 18e siècle. Ça grouille au Louvre ! S’y croisent artistes, administrateurs, marchands, visiteurs de marque… On vit dans de luxueux appartements, mais aussi dans des maisonnettes de planches et de torchis. On s’installe n’importe où, tant qu’il y a un peu de place. Bref, le Louvre est devenu un gigantesque squat.

Depuis le départ de Louis XIV pour Versailles, le Louvre n’est vraiment pas inoccupé. Ces honorables messieurs des Académies de peinture, de sciences ou de lettres se sont installés dans les anciens appartements royaux. Mais ils ne représentent qu’une part infime des nouveaux occupants du Louvre.

D’autres squatteurs s’entassent dans l’aile qui longe la Seine, sous la Grande Galerie. Artistes et artisans, ils n’hésitent pas à percer les murs du palais ou à construire des étages intermédiaires pour profiter de la grande hauteur sous plafond.

La Cour Carrée, quant à elle, est entièrement remplie de baraquements. Tant et si bien que des incidents éclatent. Le Louvre manque même de partir en fumée à cause d’un incendie dans l’atelier d’un artiste…

Pendant des décennies, Louis XV puis Louis XVI tentent en vain d’expulser ces intrus. C’est l'empereur Napoléon qui finit par y parvenir. Horrifié par ce qu’il découvre, il se met dans une colère noire et fait évacuer les lieux.

Auguste Couder, Napoléon visitant l'escalier du Louvre avec Percier et Fontaine, 19e siècle, huile sur toile, 177 x 135 cm, Musée du Louvre, Paris. Photo : © 2008 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Ollivier